Châteaux à motte et châtelains au XIe siècle

Les premiers châteaux de l’ère féodale demeurent encore mal connus du grand public. Retraçons une partie de l’histoire de ces forteresses de bois, de leurs occupants et des seigneuries qu’ils ont parfois vu naître.

Château de Saint-Sylvain d’Anjou. © Julien CHATELAIN CC BY-SA 3.0 Il s’agit bien évidement d’une reconstitution et non de vestiges.

Des châteaux avant les châteaux

Pour qui songe aux seigneurs et aux châteaux du Moyen Age les premières images qui viennent à l’esprit sont souvent celles de comtes, de ducs ou de rois résidant dans d’imposantes forteresses de pierres, véritable aboutissement de l’art défensif médiéval. Ce modèle typique du quinzième siècle, que Hollywood, d’Excalibur à Braveheart, nous propose comme unique représentation du Moyen Age s’est imposé au point qu’il semble être apparu ex-nihilo… L’origine de certains de ces châteaux -de modestes ensembles de terre et de bois-, le seigneur et la seigneurie qui s’y rattachent demeurent en effet encore mal connus du grand public. C’est pourtant à partir de ces châteaux à motte du XIe siècle et de leurs seigneurs que vont émerger quelques unes des plus imposantes citadelles et certains des plus anciens lignages de France. Penchons-nous donc sur ce patrimoine méconnu qui a pourtant laissé de nombreuses traces dans nos campagnes et intéressons-nous aux hommes et au pouvoir qui y sont lié.

Un peu d’histoire

La disparition définitive, au Xe siècle, de l’empire franc carolingien, victime des invasions (Scandinaves, Sarrasins, Hongrois) et des révoltes, laisse la Francie occidentale aux mains d’une nouvelle dynastie, celle des capétiens, rois plus théoriques que réels et qui doivent composer avec les Grands du royaume, ducs ou comtes, qui dominent la Normandie, l’Anjou, la Bretagne, le Poitou, Toulouse, la Bourgogne ou les Flandres. Résultant de la parcellarisation du pouvoir, les principautés territoriales de ces derniers connaissent à leur tour l’émiettement lors du XIe siècle. Ceux à qui le Prince a délégué une partie de son autorité, tel les vicomtes, s’émancipent. Suivant l’exemple princier ou comtal, certains gardiens de forteresses confisquent à leur profit la puissance publique qui leur a été confiée. Pour asseoir leur pouvoir sur la terre et sur les hommes, ils s’appuient sur des châteaux de bois, simples, rapides à construire et efficaces : les châteaux à motte.

Chronologie : Il semble que les toutes premières mottes castrales soient apparues entre l’extrême fin du Xe siècle et les toutes premières décennies du XIe siècle, entre le Rhin et la Loire Moyenne. Si l’archéologie atteste de l’existence de mottes dès le début du XIe siècle, le terme même de « motte »(motta), au sens ou nous l’entendons ici, n’est pas employé par les auteurs contemporains avant 1040. Mais derrière les vocables utilisés par les clercs (castrum, castellum, munitio, oppidum…), avant ou après cette date, il est fréquent de trouver une motte castrale.

Présent dans toute la France dès le premier quart du XIe siècle ce nouveau type de château va, dans la seconde moitié du siècle et jusqu’au XIIIe siècle, se répandre dans presque toute l’Europe, de l’Angleterre à la Pologne et de l’Allemagne à l’Italie et au Nord-Ouest de l’Espagne.

Qu’est ce qu’un château à motte ?

Bien que se cache derrière l’appellation de « Château à motte » des ouvrages fort différents les uns des autres, tant dans la forme que dans la taille, la fréquence de certaines caractéristiques nous autorise à proposer un modèle.

Ainsi, l’ensemble castral s’articulait le plus souvent autour de deux espaces : la motte proprement dite d’une part et la basse-cour ou baile (ou encore bayle) d’autre part.

© Henri MOREAU CC BY-SA 3.0

La motte castrale

La motte possédait généralement une base naturelle, relief ou rocher, que l’apport massif de terre ou la taille transformait en un tertre artificiel affectant la forme d’un tronc de cône. Mais elle pouvait également être édifiée sur un terrain plat, marécageux voire à partir d’un édifice plus ancien que l’on recouvrait entièrement. Cernée par un profond fossé ayant fourni une partie de la terre nécessaire à son édification, elle constituait un appareil défensif puissant : le fossé, qui brisait l’élan des chevaux comme des hommes, accentuait également la dénivellation, rendant ainsi la progression et l’ascension d’éventuels assaillants plus difficile. La plate forme sommitale était couronnée par des constructions de bois ou exceptionnellement de pierres. Le plus souvent, il s’agissait d’une tour. Élevée à partir d’une charpente de bois qui lui donnait une forme quadrangulaire, elle était tout à la fois un poste d’observation et le dernier réduit défensif. Une palissade ou un mur venait parfois améliorer sa défense en ceinturant la terrasse sur laquelle elle était bâtie.

Mais elle pouvait également être, dans les sites les plus importants, un lieu de résidence. Devant concilier fonctions défensives et résidentielles, celles de ces tours qui abritaient le châtelain pouvaient s’articuler sur plusieurs étages et réunir certains des espaces rejetés sur les autres sites dans la basse-cour. L’entrée de la tour se trouvait alors au premier, hors de portée des assaillants, et l’on y accédait par une échelle ou une rampe mobile. Cet étage faisait office de salle commune dans laquelle le châtelain pouvait même recevoir. Le ou les étages supérieurs, abritaient la couche du seigneur et de ses proches, ainsi que la garnison en temps de guerre. Le rez-de-chaussée aveugle faisait office de magasin, de garde-manger ou de prison et n’était accessible que de l’intérieur grâce à une trappe. Bien que postérieur à la période qui nous occupe, puisqu’il date de la fin du XIIe siècle, nous reproduisons ici le témoignage du chanoine Lambert d’Ardres, qui décrit le donjon d’Ardres vers 1120. Ce document, sans correspondre exactement à la réalité du siècle précédent ni même avoir une valeur d’étalon pour toutes les constructions de ce type, est l’un des rares qui nous permettent de pénétrer à l’intérieur de l’une de ces tours de bois habitées. Aussi, avec ces réserves, avons-nous choisi de le reproduire pour illustrer notre propos.

 » [Arnoul] fit faire sur la motte d’Ardres, grâce à l’admirable travail des charpentiers, une maison de bois qui surpassait toutes celles construites en ce même matériau dans la Flandre d’alors. Ce fut un artisan de Bourbourg, un charpentier du nom de Lodewic, presque l’égal de Dédale par son habilité professionnelle, qui la fabriqua et la charpenta. Il la dessina et la fit presque comme l’inextricable labyrinthe, resserre après resserre, chambre après chambre, logis après logis, continuant par les celliers puis par les magasins à provisions ou greniers, édifiant la chapelle à l’endroit le plus approprié, en haut dans la partie orientale de la maison. Il y aménagea trois niveaux, superposant chaque plancher à bonne distance l’un de l’autre, comme s’il les suspendait en l’air. Le premier niveau était à la surface du sol : là se trouvaient les celliers et les magasins à grains ainsi que de grands coffres, des jarres, des tonneaux et autres ustensiles domestiques. Au second niveau il y avait l’habitation et la pièce à vivre de la maisonnée. S’y trouvaient les offices, celui des panetiers et celui des échansons, ainsi que la grande chambre où dormaient le seigneur et sa femme et, attenant à celle-ci, un cabinet, chambre ou dortoir des servantes et des enfants. Dans la partie la plus reculée de la grande chambre il y avait une sorte de réduit où, au point du jour, le soir, en cas de maladie, pour faire les saignées ou encore pour réchauffer les servantes et les enfants sevrés, on avait l’habitude d’allumer le feu. A ce même étage, la cuisine faisait suite à la maison : elle avait deux niveaux. En bas étaient mis les porcs à l’engraissement, les oies destinées à la table, les chapons et autres volailles tout prêts à être tués et mangés. En haut vivaient les cuisiniers et les autres préposés à la cuisine ; ils y préparaient les plats les plus délicats destinés aux seigneurs, ainsi que la nourriture quotidienne des familiers et des domestiques. Au niveau supérieur de la maison il y avait des chambres hautes. Dans l’une dormaient les fils du seigneur, quand ils le voulaient ; dans une autre ses filles, parce qu’il le fallait ainsi ; ailleurs les veilleurs, les serviteurs chargés de la garde de la maison et les gardes prêts à intervenir, toutes les fois qu’ils prenaient leur repos. Des escaliers et des couloirs menaient d’étage en étage, de la maison à la cuisine, de chambre en chambre et aussi de la maison à la loge, dont le nom venait de logos qui veut dire discours – et c’est à juste titre car les seigneurs avaient coutume de s’y asseoir pour d’agréables entretiens -, comme de la loge à l’oratoire ou chapelle, comparable par ses sculptures et ses peintures au tabernacle de Salomon. « 

in Lamberti Ardensis historia comitum Ghisnensium, M.G.H., Scriptores, t.XXIV, éd. J. Heller, 1879, chapitre 127 

La basse-cour

La Basse-Cour ou Baile constituait la seconde partie du château. Délimitée par un fossé et éventuellement par un talus surmonté d’une palissade ou d’un rempart de terre et de bois, elle était le plus souvent contiguë à la motte. Contrairement à cette dernière, elle était fréquemment au même niveau que le sol naturel. Lorsque le terrain était humide ou marécageux, elle pouvait toutefois être surélevée. En temps de paix la basse-cour communiquait avec le sommet de la motte. Deux systèmes au moins semblent avoir coexisté si l’on accorde confiance aux représentations de châteaux à motte figurées sur la Tapisserie de Bayeux. Le premier permettait d ‘accéder à la tour en franchissant le fossé isolant la motte sur un petit pont avant d’emprunter une rampe posée directement sur le flanc du tertre. Le second reliait directement la basse-cour au sommet grâce à une passerelle sur poteaux enjambant le fossé et la pente de la motte. On imagine aisément ces ponts ou passerelles fabriqués en bois et suffisamment sommaires pour être ôtés lors des assauts. Car la motte demeurait l’ultime point fort de la forteresse, tandis que la basse-cour était avant tout un espace résidentiel mis en défense par un fossé et un talus. Elle abritait les bâtiments nécessaires à la vie quotidienne : des logements pour le seigneur et ses proches -quand ceux-ci n’étaient pas compris dans la tour-, un bâtiment pour abriter ses hommes, parfois une salle destinée à recevoir, des caves, des cuisines, éventuellement un puits, des écuries, des bâtiments agricoles (greniers, étables) ou abritant une activité artisanale comme une forge et enfin –sans être une généralité, loin s’en faut- une chapelle. L’ensemble était enclos et l’accès à la basse-cour se faisait par une unique porte dont la défense pouvait être assurée par une tour-porche de pierre ou le plus souvent de bois.

Basse-cour du château de Saint-Sylvain d’Anjou. © Julien CHATELAIN CC BY-SA 3.0

Au final, il s’agissait d’un espace particulièrement exigu où s’entassait derrière une enceinte protectrice les bâtiments et les activités essentielles tant à la vie militaire que civile. On imagine aisément la promiscuité dans laquelle vivait la petite communauté regroupée autour du châtelain mais également, pour les ensembles les plus réduits, une apparence et un mode de vie plus proche de la cour de ferme que du palais.

Si ce modèle était, au moins dans ses grandes lignes, le plus répandu, de nombreuses variantes existaient toutefois. Ainsi, certains ensembles comptaient-ils plusieurs mottes tandis que d’autres étaient pourvus d’un unique tertre, mais placé au centre d’une basse-cour. Sur certains sites, la motte a été édifiée dans une enceinte plus ancienne –parfois antique ou carolingienne- qui s’est alors vu transformée en basse-cour dans le nouvel ensemble. Mais si l’on met de côté ces cas particuliers, c’est dans le domaine des dimensions que l’on observe le plus de disparités. D’un diamètre à la base d’une vingtaine de mètres pour les plus petites, les mottes les plus imposantes dépassent les 100 mètres tandis que les hauteurs constatées de nos jours s’étalent de moins de 5 mètres à beaucoup plus de 10 mètres. Ajoutons que l’érosion, comme les activités humaines, ont pu durement affecter les anciennes mottes, au point qu’elles soient aujourd’hui beaucoup plus réduites qu’à l’origine. Pour conclure sur cette question de taille, notons enfin qu’il apparaît illusoire de vouloir lier celle-ci à la puissance de leur constructeur, de modestes seigneurs normands n’ayant ainsi pas hésité à édifier des mottes plus imposantes que celles des ducs…

Comment étaient-elles construites ? Le succès de cette nouvelle forme de fortification tient à la simplicité et à la rapidité de sa construction. En se contentant d’une main d’œuvre peu qualifiée et de matériaux répandus, la terre et le bois, la défense s’adapte aux moyens réduits de l’époque. Comme nous l’avons vu, les mottes pouvaient prendre appui sur des éminences rocheuses qui étaient alors retaillées, des reliefs ou, dans certains cas, sur des constructions antérieures. Mais lorsque le terrain exigeait que le tumulus soit entièrement et artificiellement monté, la méthode employée devait se rapprocher de la suivante. La première étape devait être le tracé au sol de la motte. La fréquence importante de la forme circulaire est-elle lié au fait que ce type de forme est l’un des plus facile à tracer –une corde et un piquet suffisent pour marquer au sol l’emprise du futur ouvrage- ? Nous l’ignorons. Par la suite le creusement des fossés qui devaient ceinturer la base de la motte fournissait un premier mais insuffisant apport de terre, tout juste bon à former un talus sur le pourtour de la future motte. Il fallait alors élever véritablement la motte en rapportant de grandes quantités de terres. C’est à ce moment, que l’on devait réquisitionner les paysans environnants ainsi que leurs charrettes et animaux de traits -pour les plus riches- afin de transporter la terre.

Le château à motte, siège du pouvoir

Le seigneur et ses hommes

Après nous être intéressés aux forteresses de ce début du XIe siècle, penchons-nous sur ceux qui les commandaient, les châtelains.

Élevées à partir d’une forteresse carolingienne ou édifiées sur des lieux vierges, certaines mottes étaient directement liées aux autorités royales, ducales ou comtales, qu’elles aient été construites sur les ordres et la volonté des princes ou avec leur accord pour tout type de raison (contrôle du territoire, défense d’une frontière). Le droit de fortification était en effet un droit régalien. Ceux que l’on trouve à la tête de la place étaient alors des gardiens de forteresses et des chefs de garnison, mais n’avaient pas ou seulement quelques-uns uns des droits et ne possédaient pas le château qui ne leur avait été remis qu’à titre temporaire ou viager. Rapidement, ceux-ci réussirent pourtant à rendre leur fonction héréditaire et à s’accaparer les droits attachés au château. D’autres, se sont en revanche vus concéder en fief le château et les prérogatives qui en découlaient dès l’origine, et étaient donc des vassaux des puissants. Enfin, n’oublions pas que quelques mottes paraissent avoir été construites sans la moindre intervention de quelque dépositaire de l’autorité publique que ce soit. C’est alors sans doute un riche propriétaire, un aventurier ou un usurpateur qui est à l’origine de l’édification du château. Mais dans chacun de ces trois cas, l’autonomie du châtelain dépendait étroitement de la capacité du Prince à maintenir ou à restaurer son autorité et ses prérogatives, le cas échéant par la force. Un Prince puissant jugulait les velléités d’indépendance de ses gardiens de forteresses, soumettait ou intégrait les châteaux construits précédemment sans son accord et parvenait à interdire toute nouvelle construction. Un Prince faible voyait au contraire les mottes se multiplier et son pouvoir morcelé d’autant.

Le Châtelain ne vivait bien entendu pas seul dans son donjon de bois, et nous ne pouvons conclure cette partie sans évoquer brièvement ceux qui partageaient sa résidence. Outre sa famille, son château abritait très certainement des serviteurs en charge des tâches domestiques mais également et progressivement un groupe de chevaliers (milites castri). Ces derniers pouvaient vivre sur et de leur propre terre ou se voir pourvus d’un fief par le seigneur châtelain. Ils étaient astreints, par petits groupes, à un service de garde au château, peut-être déjà limité à quarante jours et formaient le reste du temps les compagnons du seigneur. Lorsque ce dernier décidait de se lancer dans une expédition militaire, c’est encore eux qui l’accompagnaient. Ces chevaliers, mois d’une dizaine sans doute pour les plus petits châteaux, étaient souvent pour le seigneur châtelain tout à la fois ses amis, ses guerriers et la garnison de son château.

Le château à motte, centre de la seigneurie

La construction d’un château à motte n’est pas uniquement un fait matériel. Véritable siège du pouvoir il permettait à son détenteur de maintenir son autorité et ses droits, voire de les accroître.

Seigneur foncier, il pouvait exiger des taxes ou des corvées sur ses terres. Détenant par délégation ou usurpation des droits régaliens issus du ban lui conférant les pouvoirs de police, de justice et de commandement, il avait sous son empire un territoire qui pouvait être plus vaste que son seul patrimoine foncier. L’intérêt a poussé nombre de seigneurs à tenter de confondre ces deux catégories, d’étendre leurs droits privés au-delà de leur seigneurie foncière, à tous, et d’user du droit de ban à leur profit personnel. Ceci ne se fit pas toujours sans heurts et résistances. Mais le pouvoir de contrainte du château finit par s’étendre sur un territoire délimité et par s’appliquer à tous, tenanciers exploitant la terre du seigneur ou paysans propriétaires de leurs terres. Ainsi fixé, le ressort du château à motte allait parfois, pour les plus importantes seigneuries, supplanter d’anciennes circonscriptions administratives d’origine carolingienne et donner naissance à un nouveau cadre : la châtellenie.

Tout comme la forme et la taille de la motte, le nombre et l’importance des droits variaient d’une seigneurie à l’autre. Ici un simple seigneur foncier ne pouvait exiger que quelques redevances des paysans cultivant ses terres, tandis que là un autre disposait de pouvoirs issus du ban…

Voici, un aperçu non exhaustif de ces prérogatives seigneuriales. Détenteur du ban, le seigneur pouvait assurer par l’intermédiaire de ses hommes la police, tenir tribunal, juger les affaires puis percevoir les amendes découlant des jugements. Le jugement des affaires les plus graves -homicide, rapt, vol et incendie pour lesquels la peine pouvait être afflictive- étaient fréquemment réservées aux seigneurs les plus puissants. Il était également possible au seigneur de convoquer les paysans pour qu’ils l’accompagnent à la guerre ou de les affecter à la garde du château et d’imposer une compensation financière aux absents. Dans le même ordre d’idée, certains seigneurs exigeaient sur leurs terres d’obtenir le ravitaillement et le droit de gîte pour eux et leurs hommes. Pour prix de la protection offerte par le château des corvées ou des taxes étaient destinées à son entretien. Toutes ces exigences pouvaient parfois être détournées par le seigneur à des fins personnelles. Et de nombreuses redevances ont été qualifiées avec raison par les contemporains de « mauvaises coutumes » ou d’exactions (exactio). Ainsi en est-il de la taille, impôt arbitraire tout d’abord exceptionnel mais devenant bien vite constant. Mais également des banalités, relevant plus de la seigneurie foncière, qui imposaient aux hommes d’utiliser le moulin, le four et le pressoir seigneurial, de payer une taxe sur les quantités traitées et réservaient au seigneur le droit de vendre le premier son vin. Enfin, là où cela était possible, on prélevait des droits sur les marchés et les foires, des péages sur les hommes et les marchandises.

On le voit, c’est à partir du château à motte, tout autant base que symbole du nouveau pouvoir seigneurial, et autour de lui que s’organisait au XIe siècle le nouvel encadrement des hommes et des terres. Encadrement qui allait persister durant out le moyen age et même au delà.

Motte castrale de Saint-Jean-de-Thurigneux. © Benoît Prieur / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0
Difficile aujourd’hui d’imaginer là une forteresse…

Un patrimoine à redécouvrir…

Aujourd’hui enfouis dans les fondations de forteresses postérieures ou réduits à de simples monticules de terres, les châteaux à motte nous ont laissés quelques témoignages de leur présence. Sans pouvoir correspondre à chaque site, le portrait brossé dans ces colonnes permettra peut-être au lecteur de retrouver certains des éléments caractéristiques du château à motte et, à la faveur d’une promenade, d’imaginer le donjon, de retrouver les contours de la basse-cour, d’y reconstituer virtuellement les fossés, les palissades et les bâtiments. Enfin, avec un peu d’imagination, on se replongera en 1070 pour entendre les hommes qui s’agitent autour de leur tâches quotidiennes et le seigneur et ses hommes revenir sur leurs chevaux…

Vous pouvez également vous rendre d’avril à septembre à Saint-Sylvain d’Anjou (Maine-et-Loire) pour visiter le château à motte de la Haie Joulain.