Histoire Militaire Familiale

Il y a quelques années, ma grand-mère m’a remis un vieux cadre pensant que je serai le seul de la famille intéressé par cet objet. Il abritait, tel un reliquaire, deux médailles patinées par le temps et, derrière un tissu parme brûlé par de nombreuses années d’exposition à la lumière du jour, une photo jaunie d’un jeune homme dans son uniforme.

Elle le tenait de son grand-père qui l’avait précieusement conservé comme dernier souvenir d’un fils parti trop tôt pendant la première guerre mondiale : Joseph Marie Victor MARTIN, l’oncle de ma grand-mère.

Le cadre donné par ma grand-mère

La curiosité et internet m’ont rapidement permis de retracer une petite partie de l’histoire militaire de Joseph. Les outils aujourd’hui à notre disposition permettent à tout-un-chacun de découvrir des informations sur ceux de nos ancêtre qui ont participé à ce conflit.

Le nom, le prénom et une rumeur de mort pour la France ont suffi pour commencer les recherches En consultant le site Mémoire des Hommes du ministère des Armées et sa rubrique « Morts pour la France de la Première Guerre mondiale« , une petite fiche révèle qu’il est né en 1893, a atteint le grade de sergent dans le 93e Régiment d’Infanterie et qu’il est mort « tué à l’ennemi » le 25 septembre 1915 à Mesnil-lès-Hurlus, village aujourd’hui disparu du département de la Marne. Le jugement qui le reconnaissait mort pour la France a été rendu le 26juillet 1921.

Depuis les célébrations du centenaire de la première guerre mondiale, vous pouvez aussi lancer des recherches approfondies sur les personnes depuis le site Grand Mémorial du ministère de la culture.

Quelques informations supplémentaires peuvent être glanées grâce aux fiches matricules des conscrits qui, en Loire-Atlantique comme dans beaucoup d’autres départements, ont été numérisées. Joseph avait les cheveux noirs, les yeux marrons, le nez busqué, mesurait 1m66 et savait lire, écrire et compter. Incorporé depuis novembre 1913 au 93e Régiment d’Infanterie pour son service militaire comme soldat de 2e classe, il devient caporal en octobre 1914 et sergent en août 1915. Une montée en grade qui doit peut-être autant à ses compétences qu’aux morts du début de la guerre. Une première main l’a noté disparu à Mesnil-lès-Hurlus le 25 septembre 1915, une seconde main a noté sa mort à Beauséjour -à 3 kilomètres de là-. Enfin une troisième main nous apprend que la date de sa mort a été fixée au 25 septembre par le tribunal civil de Nantes le 26 juillet 1921… Difficile d’interpréter ces 3 éléments. Joseph a-t-il été porté disparu jusqu’en 1921 ? Son corps retrouvé sur le territoire de Beauséjour ?

Il est plus aisé de découvrir les circonstances dans lesquelles Joseph a vécu ses dernières heures. Toujours sur le site Mémoire des Hommes, il est possible de consulter deux documents très instructifs : le journal des marches et opérations et l’historique régimentaire. Le premier décrit au jour le jour les actions du régiment tandis que le second reprend ces informations en les contextualisant et les complétant ; rendant ainsi la lecture moins abrupte et plus vivante. Ces deux documents sont une véritable mine d’information qui dépasse le seul intérêt généalogique pour vous faire entrer de plain-pied dans l’Histoire.

Joseph MARTIN. La photo et son support carton ont été insérée dans le cadre. Coll privée G.BRUNET

Le 25 septembre 1915 débute la seconde bataille de Champagne qui, dans le cadre d’un plan plus vaste élaboré par Joffre, doit permettre de percer les lignes allemandes tandis qu’une autre offensive est menée en Artois à des fins de diversion. Après trois jours de préparation d’artillerie, qui n’ont malheureusement pas détruit les fils de fer ennemi, l’assaut par l’infanterie est fixé à 9h15. Un problème de synchronisation va avoir de terribles répercussions pour le 95e régiment d’infanterie. En place depuis 4 heures du matin, toutes les compagnies du régiment n’ont pas reçu la rectification envoyée entre 8 heures et 9 heures le jour même et demandant de reculer les montres de 7 minutes. Ainsi, la 1ère Compagnie, qui doit progresser jusqu’à l’objectif, monte-t-elle seule à l’assaut avec 7 minutes d’avance. La 3e compagnie, chargée de la suivre à 40 mètres et de nettoyer les tranchées conquises attendait l’heure exacte ; ayant procédé à la rectification de ses montres. Après une courte hésitation, le commandant de la 3e compagnie, Chicot, ordonne l’assaut. Ce mouvement en deux temps permet aux Allemands de se mettre en place et de tailler en pièce la 3e Compagnie sous le feu de ses mitrailleuses tandis qu’un tir de barrage de l’artillerie allemande vient écraser dans ses tranchée la 2e compagnie placée en réserve. L’attaque du 93e est stoppée dès 9h30… mais la 2e compagnie parvient à repousser une contre-attaque allemande. A la fin de la journée, le 93e régiment est durement éprouvé. Les 1ère et 3e compagnies sont décimées.

Le 25 septembre est la journée la plus meurtrière enregistrée dans l’histoire de l’armée française avec 23 416 morts sur tous les fronts.

Joseph appartenait sans doute à l’une de ces trois compagnies. Les deux médailles qui accompagnent sa photo dans le cadre ont peut-être été décernées à titre posthume. Il s’agit de la médaille militaire (à gauche) et de la croix de guerre (à droite). La médaille militaire était destinée aux soldats et aux sous-officiers. La croix de guerre devait récompenser les soldats ayant eu une conduite exceptionnelle. Ici, la croix de guerre porte une étoile de bronze, signifiant une citation à l’ordre du régiment ou de la brigade. L’absence de mention de ces médailles et de citation dans sa fiche matricule me laisse penser à une attribution posthume. Il me faudra peut-être parcourir le journal des marches et opérations pour percer ce mystère ou demander au Service des décorations – section Médaille militaire et recherches généalogiques de la grande chancellerie de la légion d’honneur pour percer ce dernier mystère.

Médaille militaire et croix de guerre. L’année 1870 qui figure sur la médaille militaire indique qu’elle appartient au second modèle, celui de la IIIe république, entre 1870 et 1940.

J’espère, avec ces quelques mots laissés sur la toile, avoir contribué à honorer encore un peu la mémoire de Joseph Martin tel que le faisait mon trisaïeul.

Pour les Nantais, l’objet a sa propre histoire. Au dos, une étiquette des célèbres « Grands Magasins Decré frères Nantes ».

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